C’est le gouffre de l’été, ce qui signifie des semaines humides de siestes de midi, chacune se terminant par la sensation de réinitialisation de mon cerveau. Un rêve clair peut être démonté. Vous pouvez enregistrer sa séquence et ses images avec une certaine certitude, séparer ses significations. Les morceaux effilochés, les fragments épars du rêve, sont beaucoup plus difficiles à reconstituer. Ils vous échappent, flottant dans un vide obscur comme des yeux clignotants cachés dans le voile d’un ciel étoilé.

Dans Les rêves dans la maison du paonpeut-être que tu dors encore. Peut-être avez-vous de nombreux yeux pour voir à travers l’obscurité qui vous entoure. Vous pourriez être Argus, le garde du corps mythologique d’Héra, dont les nombreux yeux le rendaient difficile à déborder. Vous reviendrez peut-être sur ses pas. Vous n’êtes peut-être qu’un papillon. Cette aventure textuelle courte mais décadente cache de nombreux secrets, parmi lesquels le type exact de jeu auquel vous jouez.

Au réveil dans une petite pièce, on vous présente un miroir, une porte et un marteau. Faire la chose évidente (les briser tous en morceaux) dévoile un domaine plus grand et sombre, situé dans une tourbière tranquille comme un pavillon de chasse vieux de plusieurs siècles. Tout au long, vous rencontrerez des journaux abandonnés, apparemment écrits par Argus dans un accès de haine. Ce que vous recherchez vraiment, ce sont les yeux d’Argus, qui vous donneront accès au mystérieux Sanctum Sanctorum, à quelques pas du manoir. Résolvez des énigmes pour retrouver chaque œil, mais sécurisez-les au risque d’un rêve très vicieusement lucide.

Le rêve révèle que cette aventure textuelle ne se résume pas à ce que le clavier peut offrir. Vous êtes placé dans un labyrinthe de couleurs vives EGA et de monstres vaporeux glitchés. Rendez-vous dans une impasse et affrontez le minotaure, qui vous fera asseoir pour regarder une interprétation de sitcom des souvenirs d’Argus. De là Maison du Paon peut aller dans toutes sortes de directions, depuis une lecture de tarot jusqu’à un Enfant Pix style paint sim, à une bataille RPG au tour par tour contre vos traits les plus toxiques.

Les énigmes ne sont jamais trop difficiles et, comme la plupart des aventures textuelles, vous vous retrouverez à reformuler une action ici et là. Mais la logique taquinée et onirique et la présentation de Maison du Paon sont un régal au milieu de l’été. Un espace crépusculaire où se mélangent réel et irréel. De plus, le jeu disait que mon portrait de Gumby était digne d’une galerie.

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